CONTEXTE
L' Otetela est une langue bantu parlée au centre de la Rép. Dém.
du Congo (ex-Zal're), sur toute l'étendue du District du Sankuru (territoires de Lomela,
Lodja, Katako-Kombe, Kole Lubefu, Lusambo) et sur une grande partie de la Province de
Maniema ( territoires de Kindu et Kibombo). C'est le parler de l'extrême Sud-Est du
groupe Mongo. Actuellement, on avance le chiffre de plus d'un million de locuteurs de la
langue otetela.
GENESE DU PROJET DE TRADUCTION DE LA BIBLE
A l'origine du projet se présente un double problème linguistique,
à savoir : la coexistence sur l'aire tetela de deux orthographes, l'une courante chez les
Méthodistes à Wembo-Nyama et l'autre utilisée surtout par les Catholiques à Tshumbe.
Sur le même territoire également sont utilisées deux traductions des textes bibliques :
« Dikelemba dy'oyoyo » (1948), oeuvre de feu Mgr J.Hagendorens, premier Evêque
catholique de Tshumbe et « Bible k'ekila » (1953), traduction protestante
comprenant tous les livres bibliques à l'exception des deutéro-canoniques ;le besoin
s'est fait-sentir de trouver d'abord une nouvelle orthographie commune et une équipe
chargée de traduire ensemble dans une langue courante et comprise par tous les locuteurs
tous les livres qui composent la Bible.En 1978, un groupe d'étudiants en Théologie au
Grand Séminaire de Malole initie un projet de traduction de la Bible en Otetela. Vers la
môme époque, en 1980 se tient à Diengenga (Lodja) un séminaire sur les nouvelles
techniques de traduction basée sur les équivalences dynamiques, par le Dr Ellington et
Jan P. Sterk. Y étaient présents : les Catholiques, les Méthodistes et les
Kimbanguistes. Immédiatement une équipe interconfessionnelle dirigée par l'Abbé J.-A.
Nyeme est chargée de commencer le travail et le siège est établi à Yanga. L'équipe
comprend cinq membres de chaque confession (Catholique et Protestante).
METHODE DE TRAVAIL
La méthode de travail comporte quatre étapes :
1° Première ébauche : une équipe basée au siège du projet à
Yanga travaille chaque jour pour l'élaboration de la première ébauche. Indistinctement,
chaque membre reçoit un livre biblique ou une partie de celui-ci à traduire.
2° Discussion : toute l'équipe se retrouve ensuite en un lieu
convenu pour examiner ensemble le résultat de la première ébauche, par péricope
d'abord, par verset ensuite et enfin on réexamine l'ensemble du livre.
3° Réactions et échos ; les membres de l'équipe de traduction
rentrent dans leurs églises respectives pour expliquer, défendre le texte traduit et
recueillir les remarques.
4° Fixation : enfin tous les traducteurs se retrouvent à Yanga
pour repasser le texte mot à mot et fixer définitivement le manuscrit à envoyer à
l'impression
RESULTATS
1° La première étape, assez longue naturellement, a consisté
d'abord à faire accepter la nouvelle orthographie. D'aucuns, surtout à certains niveaux
de la hiérarchie protestante, étaient contre l'adoption d'une nouvelle écriture. La
joie actuelle est de constater qu'il y a une accalmie concernant l'orthographe et de voir
que" tous les membres de l'équipe de traduction s'acceptent mutuellement. Toutes les
confessions religieuses ont adopté la nouvelle orthographie et toutes les résistances
sont vaincues. Toutefois, la nécessité se fait sentir de former les gens, surtout dans
les écoles, à cette nouvelle orthographie.
2° La parution du Nouveau Testament "Dyokaneelo
dy'oyooyo" (1991). Actuellement le texte du Nouveau Testament est en circulation
et les échos sont très favorables. Par rapport aux anciennes versions, l'opinion
reconnaît que le texte actuel est plus acceptable. C'est désormais le texte officiel de
référence adopté par les Eglises chrétiennes de la région/Le premier stock de 4.500
exemplaires a été vite épuisé et de nombreuses demandes sont enregistrées chaque
jour.
3°Quant à l'Ancien Testament, la première ébauche de tous les
livres est terminée. Le texte traduit est déjà mis sur ordinateur, y compris les livres
deutéro-canoniques. L'équipe se propose de terminer le travail de réexamen et de
discussion dans un délai de trois ans.
DIFFICULTES
1° Après la parution de la traduction du Nouveau Testament, le
travail de l'équipe a été quelque peu freiné à cause des problèmes de santé et de
décès de certains membres de l'équipe des traducteurs. La Société Biblique du Congo
et l'Alliance Biblique Universelle ont apporté un cours apprécié et ont permis
d'éviter un éventuel blocage pendant cette période. De nouveaux membres sont venus
également remplacer les disparus.
2° Un autre problème délicat concerne les salaires. Selon les
accords, chaque confession religieuse supporte la moitié de salaire de ses traducteurs.
Pour les Méthodistes, la Société Biblique du Congo garantit l'autre moitié. A un
certain moment cette dernière tranche n'arrive plus, parce que les Eglises d'appartenance
ne savent pas payer la première moitié. Cela fait que les traducteurs restent parfois
une année sans salaire. Même le déplacement ne leur est pas assuré.
3° Du côté catholique, les membres recevaient depuis 1978
l'aide des Eglises Catholiques Suisses. Depuis quatre ans, cette aide n'arrive plus. La
Coopérative de Yanga a continué pendant une année à payer les traducteurs de l'Eglise
Catholique. Aujourd'hui, on est à la recherche d'une solution pouvant permettre d'aller
jusqu'à la fin des travaux.
4°L'équipe travaille à Yanga avec le strict minimum. Elle est
dépourvue de'la logistique élémentaire.. L'ordinateur acheté en 1990 est en panne, le
papier fait continuellement défaut. Les membres ne savent pas non plus se déplacer pour
se rencontrer conformément au calendrier prévu.
CONCLUSION
Malgré les difficultés, l'équipe des traducteurs est animée
d'une réelle volonté de continuer le travail et de faire en sorte que la Parole de Dieu
soit la propriété de chacun des fidèles. Ce travail se fait au prix de beaucoup de
sacrifices et les membres sont décidés a respecter les échéances données. L'effort
des Eglises locales, de la Société Biblique du Congo, de l'Alliance Biblique
Universelle, sera dans l'avenir de trouver des solutions aux problèmes qui bloquent
actuellement la poursuite du travail déjà avancé.